l'espèce d'affreuse qui se prend pour Sissi

les aventures d'une affreuse en échange universitaire à Vienne

05 juin 2007

Et les secondes sont des heures.

Le voyage est long. Quelquefois, j’ai le temps d’écouter une chanson entière. A mesure que les secondes passent, ce sont les étages mais aussi le temps qu’on remonte.

Je m’assois sur la banquette en cuir rouge déchirée. Je m’attarde toujours sur la plaque qui orne l’intérieur de l’appareil « Wien – Prag – Budapest ». Inlassablement, mon regard glisse sur la fente dans laquelle, il n’y a pas si longtemps, les utilisateurs devaient glisser une pièce pour pouvoir l’utiliser. Je regarde à travers les vitres, la lumière qui se reflète sur les carreaux détruits du hall. L’ensemble est brun, sépia, comme une vieille photo. J’ai l’impression d’être dans un vieux film. Je m’en veux d’avoir mon téléphone portable dans la main, ça jure avec le décor.

La lumière devient de plus en plus vive à mesure qu’on s’élève. Je suis absente, plongée dans mes pensées, sereine, dans cet ascenseur fatigué. Sagesse de celui qui a vu passer les années et les personnes ! Sentiment paradoxal de sécurité, alors que cette vieille bête peut mourir à tout moment. Peu avant l’arrivée, je m’amuse toujours de cette Sainte à l’Enfant, encastrée dans le mur auquel je fais face. Elle s’amuse de moi. Elle me nargue, me fait un clin d’œil. Comme l’ascenseur, elle n’a pas d’âge. Elle a toujours été là. Elle en a vu passer, elle aussi.

Je suis absorbée par le mécanisme de l’appareil, apparent. Les boutons de chaque étage glissent contre une palissade qui s’élargit au fil de l’ascension, jusqu’à que celui du quatrième étage bloque. Arrivée soudaine, l’ascenseur tremble, je sursaute automatiquement. Fin du voyage. Je retourne à la réalité.

C’était trop court. A bord de cet étrange vaisseau qui ne fait jamais que monter et qu’on ne peut appeler, je me sens comme perchée sur la branche d’un chêne millénaire : acrobate, en équilibre, émerveillée devant les éléments qui étaient là avant moi, et qui resteront bien après.

   

   

voyage

Posté par Rapha_ELLE à 17:25 - Plein les yeux - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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